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I. La langue évolue constamment
La plupart des gens pensent que la pureté de la langue est fixée une fois pour toutes dans les dictionnaires et les grammaires. Or, la langue n'est pas statique, elle évolue constamment, pour nommer les nouvelles réalités et les changements sociopolitiques.
L'un des meilleurs exemples de la résistance envers un usage pourtant très vivant est l'orthographe reflétant la prononciation des verbes conjugués à l'imparfait, agréée en 1835. Il a fallu des siècles pour que la graphie je pensais, alors écrite je pensois, soit acceptée. Le grammairien J. Peletier du Mans, rapportait déjà cet écart en 1555 : « Pas un de ceux qui prononçaient j'alès, je fesès, n'auraient osé écrire autrement que j'allois, je faisois. »
La féminisation de la langue est une adaptation de la langue pour refléter de nouvelles réalités sociales. La féminisation a longtemps été perçue avec hostilité, comme un acte politique qui dépassait l'usage « normal » de la langue. Cependant, la population canadienne manifeste depuis près de 50 ans une grande ouverture d'esprit envers la féminisation. En plus de placer le Canada au premier rang des pays francophones dans ce domaine, cette attitude a permis le développement de procédés de plus en plus satisfaisants pour inclure femmes et hommes dans la langue.
En Ontario comme ailleurs, les premières tentatives pour éliminer le sexisme dans la langue exploitaient des signes graphiques comme les parenthèses, les traits obliques, les virgules, les points, les traits d'union et la majuscule de féminisation. C'était un pas dans la bonne direction, qui présentait certains avantages pratiques. Cependant, les linguistes ne recommandent pas ces raccourcis graphiques, tout en les tolérant dans certains cas. En effet, en plus de gêner la lecture, d'introduire des formes aberrantes comme Cher(e)s client(te)s ou Déclarez votre amour à votre dulciné(e)! (qui sont deux exemples authentiques) et de contribuer à l'hostilité à l'égard de la rédaction non sexiste, ces signes contribuent à mettre les femmes « entre parenthèses » ou à les reléguer à l'arrière-plan.
Durant les années quatre-vingt-dix, la rédaction non sexiste, qui dépasse la simple féminisation des titres et la répétition obligée, a fait des progrès remarquables. De nombreux guides d'écriture « épicène » ont vu le jour. Cette forme d'écriture vise une inclusion équitable des femmes et des hommes dans la langue. Elle pose le défi d'éviter le piège de la lourdeur répétitive et de refuser le stéréotype du genre masculin universel. La langue française possède les ressources pour relever ce défi, il suffit d'un peu d'imagination et de créativité.
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Ça date pas d'hier!
- mairesse (Grammaire historique de la langue française, attesté au XIIIe siècle)
- (...) et y a eut a merveilles de bons danceurs et danceresses (Mariage de Maudonette, XVe siècle)
- commandante en chef (Grammaire historique de la langue française, attesté en 1429)
- inventrice (Grammaire historique de la langue française, attesté au XVIe siècle)
- Quand je dis la cour, i'y comprens les femmes comme les hommes (Remarques sur la langue françoise,1647)
- (...) comme aussi les Noms de ceux & de celles qui ont iusques icy inuenté des mots Pretieux (Le Grand Dictionnaire des Pretieuses, 1661)
- chirurgienne (Grammaire historique de la langue française, attesté en 1759)
- Les acteurs et les actrices ne sont que des amuseurs publics. (Le Canadien, 27 décembre 1880)
- mécanicienne (Grammaire historique de la langue française, attesté en 1919)
- Des religieux et des religieuses du Québec dirigent également des séminaires et des maisons d'éducation (...). (Les vingt siècles du français, 1949)
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